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Didactiser des documents audio

Yvon GACHET
samedi 20 octobre 2007

1 Compréhension orale : stratégies et objectifs
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La séquence que je développe dans cet atelier est plutôt une suite d’activités à proposer aux élèves, sur plusieurs séances.

L’activité cible est la compréhension de l’oral, avec une préoccupation de guidage et d’entraînement de l’élève : l’idée étant de le guider non pas à travers un questionnement - qui l’enferme toujours plus ou moins dans des questions auxquelles il ne sais pas répondre - mais de lui donner des repères qui le conduiront tout au long de l’écoute.

La fiche didactique qui accompagne le document sonore a été conçue pour offrir à l’élève

- une stratégie d’écoute progressive, qui va du général au détail

- la possibilité de progresser dans l’activité en autonomie dans le sens où elle est largement autocorrective au fur et à mesure de la progression dans l’écoute

- un objectif de compréhension du sens, doublé d’un repérage des outils langagiers nécessaires à l’expression de l’idée.

C’est ce repérage qui, au-delà du contenu du message, va permettre à l’élève de mieux accomplir la tâche qui lui sera demandée au final.

On s’apercevra que les activités proposées dans la fiche sont simples, que le guidage se veut ciblé à la fois sur le fond et sur la forme, et que les solutions sont données ou induites par la suite : il s’agit de faciliter la tâche d’élucidation de l’élève, de lui donner des clefs pour qu’il soit autonome et ne sollicite pas constamment de l’aide extérieure, qu’il reste autonome dans la poursuite des activités d’écoute.

Le but est de donner à l’activité de compréhension orale un statut proche de celui de la compréhension écrite, où l’élève peut trouver au fur et à mesure des clés et des solutions lui permettant de mener à bien son travail. Le défi réside moins dans la compréhension du message oral que dans la tâche finale à accomplir à l’aide de son travail de compréhension.

Les activités qu’il réalise sont cependant de nature à encourager l’écoute et construire du sens.

Une partie non négligeable est aussi réservée à la phonologie, notamment à travers des activités de répétition où l’élève peut s’exercer et s’approprier les énoncés.

Le professeur peut ainsi le laisser seul 30 ou 40’ avec ses écouteurs (lecteur MP3 ou laboratoire de langues) et sa fiche de travail, et pourra donc se consacrer à un autre groupe d’élèves où sa présence sera plus indispensable (activité d’expression orale par exemple)

2 Des pratiques sociales de référence

S’agissant d’élèves de l’Enseignement technique et Professionnel Agricole, il leur est demandé en règle générale et dans ce cas de figure particulier, de pouvoir parler de leur exploitation – l’exploitation familiale ou celle par exemple du maître de stage-, de savoir la présenter, parler de ses caractéristiques, des choix que l’exploitant a été amené à faire, etc…

Ce savoir faire est particulièrement important à un moment où beaucoup d’exploitants se tournent vers une diversification de leur activité et cherchent des compléments de revenus à travers l’accueil à la ferme - gîtes et chambres d’hôtes - ou la vente directe de leurs produits.
L’accueil du touriste étranger n’est donc plus un objectif abstrait et le fait de savoir communiquer avec lui autour de la structure d’accueil est source de satisfaction et de valorisation pour les deux parties.

Le rôle du professeur de Langue est bien de situer les activités d’apprentissage dans ce contexte et de les ancrer dans ces pratiques sociales.

La fiche didactique se saisit donc, à travers l’interview de Mrs Collins - qui exploite, avec son mari, une ferme laitière en Irlande - de tournures langagières que l’élève pourra s’approprier et réinvestir à son tour dans une production orale sur le même thème.

3 Bien traiter le son

La spécificité d’un discours oral – fugacité, immédiateté, ancrage dans le temps réel en sus des difficultés phonologiques (rythme débit, accentuation, prononciation) – le rend particulièrement difficile d’accès aux élèves.

Un logiciel de traitement du son - tel Audacity – pourra donc permettre au professeur de traiter le texte oral de la même manière qu’un un texte écrit ( copier/coller/ ajouts de blancs/ sélection et isolation de phrases ou de mots) pour amener l’élève à travers une écoute sélective à s’approprier le contenu du message et certains outils langagiers.

Il ne s’agit donc pas d’amener l’élève à une compréhension intégrale du document sonore, mais de focaliser son attention sur ce qu’il doit repérer, sur ce qui peut poser problème ou sur ce dont il aura besoin pour s’exprimer.

La fiche didactique est l’écho des choix que fait le professeur et celle que je présente ici se veut un éventail de possibles, uniquement à titre d’exemple pour illustrer le concept.

4 les stratégies d’enseignement

Elles relèvent des choix du professeur selon le contexte de son enseignement.

On y trouvera ici, répétons-le à titre d’exemple :

1) Le script du document sonore

Il ne sera pas distribué aux élèves pour ne pas induire l’idée que toute activité de compréhension orale pourra se « réduire » à de la compréhension écrite ;
On peut envisager de le donner seulement en fin d’activité, si cela s’avère utile ou nécessaire pour des besoins d’auto correction par exemple.

Le document est court, et les activités ont été calibrées globalement sur les niveau A2 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues
«  A2 Peut comprendre et extraire l’information essentielle de courts passages enregistrés ayant trait à un sujet courant prévisible, si le débit est lent et la langue clairement articulée. »
mais peuvent aussi relever du B1
«  B1 Peut comprendre l’information contenue dans la plupart des documents enregistrés ou radiodiffusés, dont le sujet est d’intérêt personnel et la langue standard clairement articulée. »

2) piste 1

une activité d’écoute du document dans son ensemble pour
a.se familiariser avec la voix du locuteur
b.repérer des mots clefs
c.émettre des hypothèses

3)pistes 2 et 3, avec

a. du repérage simple (chiffres en contexte – le contexte est élucidé : unités de surface ;

b. des activités pour rentrer dans le sens, souvent en associant le texte oral à sa transcription ou en faisant appel à des stratégies de compensation (déduction du sens selon le contexte).

c. un lien à établir entre ce qui est exprimé et comment cela est exprimé : marquer l’hésitation, se reprendre – un savoir faire proche du savoir être : reconnaître qu’on hésite et le dire ouvertement
les activités induites pour la production orale peuvent être fines, et relever du B2, par exemple « .Peut utiliser des expressions toutes faites (par exemple, « C’est une question difficile ») pour gagner du temps pour formuler son propos et garder la parole »

d. un exercice sur des compétences de phonologie (répéter une phrase courte, puis deux puis trois et enchaîner les trois phrases pour produire un énoncé plus long…

e. …ou sur le lexique (pour marquer la modalité à l ‘aide d’adverbes par exemple)
f.finalement des références aux temps à utiliser (pour parler au passé)

4)piste 3 et 4 –

des activités d’écoute et répétition/imitation pour
a.s’approprier des façons d’exprimer une idée
b.reconnaître, discriminer des phonèmes et se les approprier (can / can’t )
c.travailler le lexique…
d.…ou à nouveau la phonologie avec un travail sur le rythme et l’intonation

On obtient ainsi – la liste présentée ci-dessus est loin d’être exhaustive – un éventail d’items qui recouvrent un champ important de compétences dont l’élève aura besoin pour s’exprimer par la suite : le suivi oral

5)une proposition d’une tâche finale d’expression orale avec
a.un récapitulatif des compétences travaillées recadre ce qui a été vu
b.un exercice à mener à bien en binôme pour réinvestir les acquis et aller vers la maîtrise des outils.

Cette tâche pourra s’inscrire dans une progression plus ambitieuse intégrant plusieurs sous-objectifs (accueillir un visiteur étranger, utiliser des supports visuels pour l’intéresser, etc…..) visant à préparer effectivement l’élève à ce cas de figure.

CONCLUSION

Le travail de manipulation du son est donc un travail d’orchestration des choix didactiques opérés par le professeur.
Le logiciel libre Audacity est un outil précieux au service de ces choix.

Pour toutes les informations nécessaires à son utilisation, on se réfèrera au didacticiel élaboré et mis en ligne par Stéphane Busuttil à l’adresse suivante http://stephane.busuttil.free.fr/

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