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Des tablettes numériques pour dynamiser la classe.

KEDEM FERRE

dimanche 29 septembre 2013

Transcription de la conférence / compte-rendu d’expérimentation

Préambule

« Bonjour à tous,

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui avec vous au lycée Aiguerande pour vous faire part de mes expérimentations en matière d’intégration de tablettes numériques en classe de langue. Mais avant de commencer, je voudrais vous signaler que nous aurons un temps de questions-réponses à la fin de ce compte-rendu d’expérience, et j’ai pensé qu’il serait intéressant de « préparer » cette interaction, en mettant à votre disposition un espace en ligne sur lequel vous pourrez poser vos questions et/ou faire vos commentaires au fur et à mesure de cette conférence. Certains d’entre vous connaissent déjà l’outil que je vous propose d’utiliser (j’en profite d’ailleurs pour remercier ici Jürgen Wagner pour cette découverte au colloque Cyber-Langues de l’année dernière à Aix-en-Provence), il s’agit de TodaysMeet. Pour ceux qui ont un smartphone ou une tablette, vous pouvez dès maintenant flasher le QR code. Si vous n’avez pas d’application dédiée (iNigma, Kaywa Flashcode, QR Droid, et j’en passe …) ou si vous prenez vos notes avec un ordinateur portable, vous pouvez accéder à cet espace en tapant bit.ly/dynamiserlaclasse dans votre navigateur.

Comme je vous le disais, je suis très heureux de partager aujourd’hui mon expérience avec vous au lycée Aiguerande, d’abord parce que j’y enseigne l’anglais depuis maintenant 10 ans, et que j’y ai trouvé un environnement favorable aux expérimentations, qu’elles soient pédagogiques ou didactiques - des groupes de compétences à l’évaluation scénarisée, en passant par l’écriture collaborative en ligne, ou encore les réseaux sociaux.

Et comme vous, puisque vous êtes ici aujourd’hui - et comme beaucoup d’autres acteurs de l’enseignement avant moi, je suis particulièrement intéressé par les TICE. D’abord parce qu’en tant que professeur de langue, je cherche à exposer les élèves un maximum à une langue authentique, et que ça passe nécessairement par la maîtrise d’un certain nombre d’outils et d’un certain nombre de compétences afin de récupérer des fichiers audio, vidéo, des sous-titres, changer des formats, bref, j’en passe … - vous connaissez tous ces problématiques, et certains d’entre vous ici présents d’ailleurs bien mieux que moi.

Ensuite, parce qu’enseigner avec les TIC, ce n’est pas uniquement une nécessité pédagogique, ce n’est pas uniquement parce que je suis professeur de langue que je suis particulièrement intéressé par les TICE ; c’est aussi – et peut-être surtout, d’ailleurs - parce qu’en 2013, le numérique ne peut plus être rangé dans la catégorie « nouvelles technologies ». Enseigner sans le numérique au 21° siècle, c’est creuser l’écart qu’il pourrait y avoir entre l’école et la société dans laquelle elle s’inscrit.

Parce que, ça ne vous aura probablement pas échappé, l’évolution des usages du numérique est exponentielle, et parce que, vous l’aurez sans doute également remarqué, les écrans connectés à internet peuplent de plus en plus notre quotidien. Et pas seulement celui de nos élèves comme on l’entend encore trop souvent. Parce que nos élèves eux aussi deviennent adultes, et que – on peut le déplorer ou non, il arrivera un jour (proche ?), où ne pas avoir d’accès à internet, ne pas avoir de terminal (que ce soit un smartphone, une tablette, une smartwatch ou je ne sais quel autre objet « intelligent ») sera aussi surprenant – et socialement pénalisant, que de ne pas pouvoir être joignable par téléphone aujourd’hui.

Alors évidemment, ce n’est pas parce que tous ces outils sont de plus en plus présents dans notre quotidien qu’il faut à tout prix les faire « entrer » dans nos pratiques pédagogiques. Ce n’est pas parce qu’on vend chaque année de plus en plus de tablettes numériques, que c’est une raison suffisante pour que leur utilisation dans l’enseignement soit une nécessité. Loin s’en faut. Ça semble être une évidence, mais on peut peut-être rappeler qu’il n’y a aucun intérêt pédagogique à intégrer le numérique pour intégrer le numérique, et que la simple présence de ces outils ne suffit pas à elle seule à transformer notre enseignement. (À ce sujet d’ailleurs, on peut se demander si le numérique permet de mieux atteindre les objectifs de l’enseignement des langues ou de les redéfinir, mais je laisserai Monsieur Goullier ici présent répondre à cette question fort pertinente, qui dépasse mon propos.)

Il n’en reste pas moins que le numérique n’est pas une simple tendance, et que l’école doit quand-même relever le défi de s’adapter à son temps (je rejoins notre ministre sur ce point), et il est aussi de notre devoir d’apprendre à nos élèves à avoir une utilisation raisonnée et citoyenne des outils qui composent le monde dans lequel nous vivons, et avec lesquels ils devront composer plus tard.

C’est donc dans ce contexte technologique, social et pédagogique, que j’essaie – comme beaucoup d’entre vous, d’intégrer tous ces outils, qu’ils soient physiques ou logiciels, en ligne ou hors ligne, dans mes pratiques pédagogiques, et c’est parce que je souhaitais poursuivre le chemin que j’ai parcouru depuis ces dernières années sur ce sujet, que j’ai cherché l’année dernière à entrer en expérimentation pour explorer le champ des possibilités que l’utilisation de tablettes numériques pouvait offrir en terme d’enseignement et d’apprentissage. Et c’est dans ce contexte que j’ai cherché à approfondir cette réflexion afin de stimuler et dynamiser mon enseignement et l’apprentissage de mes élèves. D’où le titre de ce compte-rendu d’expérience : « Des tablettes numériques pour dynamiser la classe. »

Alors certains d’entre vous pourraient –et à juste titre, être tentés de s’arrêter sur le verbe du titre, en s’interrogeant sur la pertinence de ce choix, qui implicitement met le doigt sur ce besoin presque irrépressible qui frise parfois l’obsession chez les professeurs de langues, celui de faire de sa classe de langue vivante, une classe … vivante … (« points de suspension » …). On pourrait également questionner l’absence de point d’interrogation, qui pourrait pousser à croire que j’apporte ici des solutions. Mais au risque de vous décevoir, il n’en est rien ! Les expérimentations que j’ai pu faire avec les tablettes numériques au lycée, m’ont apporté bien plus de questions qu’elles ne m’ont apportées de réponses. Ceci étant (si ça peut rassurer ceux qui se seraient déjà inquiétés), les pistes de réflexions que ces expérimentations m’ont permis d’envisager me semblent suffisamment intéressantes pour vous en faire part aujourd’hui.

Genèse du projet (BIR + dossier de candidature)

Le compte-rendu d’expérimentation que je vais vous présenter fait partie d’un projet établissement interdisciplinaire qui s’articule autour de 13 professeurs de 13 matières différentes sur l’ensemble du lycée polyvalent :

Langues

  • Allemand
  • Anglais
  • Italien
  • DNL ECJS

Lettres et Sciences Humaines

  • Histoire-Géographie
  • Lettres
  • Philosophie
  • Lettres-histoire (en collaboration avec une ergothérapeute à Belleville-sur-Saône)

Sciences

  • Mathématiques
  • Sciences et Vie de la Terre
  • Sciences-Physiques

Comptabilité-Communication Bureautique

  • Communication

Un projet résolument interdisciplinaire donc comme vous pouvez le constater, mais avec un pôle langues assez important, puisque sur les 13 enseignants partie-prenante du projet, 5 sont des professeurs de langues (ce qui représente quand-même plus d’un tiers de l’équipe).

Alors, pour ce qui est de la genèse du projet, comme je vous le disais précédemment, j’avais cherché au départ à expérimenter l’utilisation de tablettes numériques dans l’enseignement de l’anglais, et de fil en aiguille, à force de frapper aux portes pour convaincre de ma motivation, j’ai fini par être dirigé vers le CRDP, qui a fait passer un appel à projets « expérimentation tablettes numériques dans les lycées. » dans le Bulletin d’Information Rectoral du 29 octobre 2012.

Cet appel à projet a donc été initié par le CRDP de Lyon dans le cadre de la 2° phase du plan de développement des usages du numérique à l’école, afin – je cite – « d’encourager de nouveaux usages pédagogiques du numérique et d’accroître les compétences numériques des enseignants », et c’est dans ce contexte que nous avons constitué, M. Coutarel (le proviseur du lycée) et moi-même (en tant que chef de projet) cette équipe interdisciplinaire.

En plus de cette interdisciplinarité, d’autres conditions étaient imposées pour cet appel à projet. D’abord, il fallait choisir des tablettes de type Android. (Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s’agit de l’OS développé par Google, et qu’on trouve principalement – mais pas seulement - sur les terminaux Samsung). Et avec les crédits alloués, il fallait acheter un minimum de 24 tablettes, plus une valise de rangement ou un chariot wifi. Ensuite, les enseignants partie-prenante du projet devaient s’engager à faire bénéficier d’autres collègues de l’expérience acquise en témoignant de l’expérimentation, et devaient également s’engager à produire et diffuser des scénarios pédagogiques sous licence libre. Sur ce dernier point, ça n’est pas encore tout à fait d’actualité, compte tenu du calendrier très serré de l’expérimentation entre le moment où nous avons reçu les tablettes, le moment où tout a été opérationnel, et le temps qu’il nous est resté pour expérimenter en cours.

Matériel

  • 49 tablettes numériques Samsung Galaxy Tab 2 10.1 (« grand format ») = 14 651€
  • 36 tablettes élèves
  • 1 chariot de stockage fabriqué au lycée (ce qui représente une économie de près d’un cinquième de l’enveloppe budgétaire allouée (15 000€).
  • 13 tablettes mises à disposition de tous les professeurs partie-prenante du projet afin de pouvoir prendre l’outil en mains et permettre une meilleure préparation des activités pédagogiques.

Mise en place de l’expérimentation

Connectique

Alors, pour ce qui est de l’intégration des tablettes dans les activités pédagogiques, je vais y venir, mais avant cela, je voudrais quand-même vous dire deux mots sur la mise en place des conditions nécessaires à ces expérimentation pédagogiques, parce que – vous vous en doutez peut-être, utiliser des tablettes numériques dans un contexte scolaire implique un certain nombre de prérequis et parfois d’obstacles, surtout lorsque les tablettes sont à la base des outils personnels plutôt destinés à la consultation d’informations, et connectés sur des réseaux personnels, que ce soit des réseaux wifi domestiques ou des partages de connexion 3G depuis les smartphones par exemple. C’est vrai que les réseaux wifi publics tendent à se généraliser aussi, dans les lieux publics comme les aéroports, les gares, les grands magasins, et j’en passe … bref du wifi partout. Partout sauf dans les établissements scolaires où le simple fait d’évoquer la possibilité d’une couverture wifi provoque souvent une levée de boucliers. De toute façon, nous avons dû abandonner cette idée de couverture wifi sur l’ensemble de l’établissement, car il s’est avéré que l’infrastructure et le coût nécessaires étaient bien trop importants pour le budget et de toute façon pour les besoins. Ce que nous avons donc fait afin de rassurer tout le monde (et surtout rentrer dans notre budget), c’est d’avoir une borne wifi sur le chariot de stockage des tablettes, borne wifi qu’on branche sur une prise du réseau pédagogique dans la salle de cours. L’avantage étant que toutes les salles de classe du lycée disposent d’une prise reliée au réseau pédagogique, et qu’on peut par conséquent bénéficier d’un accès internet illimité pour les tablettes en classe, et que ça ouvre des perspectives fort intéressantes en terme d’expérimentations pédagogiques. Ça ouvre des perspectives intéressantes, parce que ça permet un accès direct aux savoirs et à des ressources multiples, que ce soit pour de la consultation ou du partage d’information, ou encore pour du travail collaboratif synchrone.

Pour autant la mise en place de ces conditions implique des contraintes techniques, logistiques et organisationnelles.

Stockage

Pour ce qui est de l’accessibilité des tablettes en elles-mêmes, la seule contrainte que nous avons eue a été de fabriquer le chariot de stockage. Nous avons donc grâce aux agents un chariot mobile fabriqué à partir d’une vieille armoire du lycée, et qui est capable de contenir et de recharger les 36 tablettes élèves. Le chariot est entreposé au CDI, et chaque enseignant faisant partie du projet peut le réserver via un document en ligne.

Applications

C’est un des points délicats de l’expérimentation, et nous avons été confrontés à au moins deux défis à relever. D’abord parce que pour télécharger une application depuis une tablette, il faut que celle-ci soit au préalable connectée à un compte, et en l’occurrence un compte Google puisqu’il s’agit de tablettes fonctionnant sous Android. Comme nous disposions déjà d’une adresse Gmail pour les documents mis en ligne sur le site du lycée, nous avons utilisé cette adresse, connectée à un compte Google, pour télécharger les applications nécessaires à la mise en place des activités pédagogiques envisagées. Mais ensuite, comment faire en sorte que les applications téléchargées sur la tablette test se retrouvent sur les 36 tablettes élèves ? Nous avions d’abord pensé utiliser la gestion multi-appareils du Google Play Store (la plateforme depuis laquelle on télécharge les applications Android) afin de transférer les applications de la tablette test sur les tablettes restantes via la connexion wifi, étant donné que nous avions connecté toutes les tablettes au même compte Google, ce qui s’est rapidement avéré ingérable. Il existe bien des solutions pour gérer une flotte de tablettes et contrôler les applications à distance ainsi que l’accès à certaines fonctionnalités des tablettes, mais nous en avons appris l’existence après le lancement du projet, donc trop tard – d’autant qu’il s’agit de solutions payantes, et que nous avions déjà dépassé le budget. La solution que nous avons donc trouvée a été en fait de faire une image de la tablette test et de la transférer via carte SD sur les autres tablettes … tablette par tablette. Ça prend du temps (environ 7 minutes par tablette), mais on peut faire autant de tablettes en même temps qu’on a de cartes SD, et ça prend toujours moins de temps que de re-télécharger les applications une à une sur chacune des 36 tablettes …

Communication échanges (Tablettes Numérique Éducation)

Bref, la mise en place du dispositif technique est importante et complexe, surtout lorsqu’on navigue un peu à vue, et que - pour caricaturer, chaque solution cache un nouveau problème. Pour ceux que ça intéresserait, j’en profite pour signaler deux espaces d’échanges en ligne que j’ai créés au début de l’expérimentation pour l’occasion, afin de réunir des personnes intéressées et/ou compétentes, et permettre ainsi une plus grande circulation de l’information. C’est aussi grâce à ces deux espaces que j’ai pu trouver des réponses qui m’ont permis de faire avancer ce projet et de mieux en assurer le pilotage.

« Tablettes Numériques Éducation »

RESPIRE (200 membres)

bit.ly/tablettes_education

Le premier espace est un groupe sur le réseau social RESPIRE de l’Éducation Nationale, et il a pour objectif de proposer un espace d’échanges et d’informations national permettant de coordonner tous les savoirs et les savoir-faire tant techniques que pédagogiques en matière de tablettes numériques en milieu éducatif. » Le groupe est public, mais comme il s’agit du réseau social de l’innovation pour les professionnels de l’éducation, vous ne pouvez y poser des questions qu’après inscription qu’avec une adresse professionnelle du type @ac-académie.fr ou @education.gouv.fr. J’en profite pour remercier Rémy Danquin pour la découverte de ce réseau.

GOOGLE+ (170 membres)

bit.ly/tabnum

Le 2° espace est un groupe sur Google+ le réseau social de Google, et il réunit aussi bien des enseignants, des chefs d’établissements, des administrateurs réseaux des techniciens, des chercheurs ou encore des concepteurs de logiciels, et s’adresse à la communauté francophone.

Les expérimentations

Pour ce qui est des expérimentations maintenant. Comme je vous le disais tout à l’heure, je suis particulièrement intéressé par les nombreux avantages qu’apporte l’utilisation d’internet en cours de langue. J’emmène souvent mes élèves en salle informatique pour faire des recherches encadrées sur internet, pour travailler sur des documents collaboratifs en ligne, pour enregistrer et monter des vidéos en tâche finale, pour animer des débats synchrones en ligne … bref, je fais partie des habitués des salles informatiques, qui me conviennent parfaitement pour la mise à disposition de tous ces outils hors ligne ou en ligne, et pour expérimenter de nouveaux outils et de nouvelles formes d’activités pédagogiques, comme avec TodaysMeet dont je vous parlerai dans un instant. Le seul problème avec les salles informatiques, c’est que ce sont des salles qui ont été faites avant tout pour les ordinateurs d’une part, et pour que les professeurs puissent facilement contrôler les écrans des élèves, mais ces salles informatiques n’ont jamais été pensées pour la communication ; et nous sommes nombreux à faire ce constat : communiquer avec les élèves en-dehors d’une communication unilatérale « traditionnelle » (comme par exemple pour les consignes de lancement d’une activité) n’est pas toujours bien évident. Les salles sont plus grandes que des salles de cours, les élèves sont assis devant leurs écrans, pour les travaux de groupe ils sont assis en ligne entassés les uns sur les autres, ils sont obligés de se retourner pour échanger avec le professeur, et en plus il faut trouver un créneau disponible pour réserver une salle informatique, sans compter que si on veut s’en servir sur une partie de la séance, le déplacement prend du temps et prend aussi parfois des allures de cortège festif …

Bref, l’idée de départ était donc de garder tous les avantages des salles informatiques, en les combinant avec les avantages des salles de cours « traditionnelles », et de bénéficier grâce à l’utilisation des tablettes numériques en cours, d’une grande souplesse dans le déroulement des activités pédagogiques. J’avais déjà fait travailler les élèves sur des activités qui nécessitaient une utilisation ponctuelle d’internet en leur demandant d’apporter leurs smartphones , et ce qui fonctionnait avec quelques smartphones devait nécessairement mieux fonctionner avec des tablettes numériques, d’autant que chaque élève disposerait d’une tablette (cf images d’illustration en 1LELE).

Sur l’ensemble des cinq activités que j’ai eu l’occasion d’expérimenter sur quatre classes, quatre sont basées sur l’utilisation d’internet pour les raisons que je viens d’évoquer. Il s’agit de :

  • Participation écrite synchrone en cours (TS) – Todaysmeet
  • Prise de notes coopérative (TS) – Todaysmeet
  • Ecriture collaborative (1LELE) – Framapad / Google Docs
  • Travail de recherche interactif (TLVA) – Google+

Travail sur la 6° compétence :

  • écriture en interaction

Participation écrite synchrone en cours (TS) – Todaysmeet

Mais commençons ce compte-rendu d’expérience par l’entrée « outil » avec TodaysMeet, qui se présente comme une plateforme de microblogging qui fonctionne sur le même système de base que Twitter, en version épurée et privée (seuls les utilisateurs disposant de l’URL peuvent y accéder) et éphémère (les conversations sont supprimées des serveurs entre 2 heures et 1 an au choix après la mise en place de l’espace d’échange).

J’avais déjà utilisé TodaysMeet en salle informatique en préparation de tâche finale avec des débats en écriture synchrone, et je souhaitais explorer d’autres possibilités que la présence de tablettes connectées en classe offrait. Pour la première expérimentation dont je vais vous parler, il s’agit donc de participation écrite synchrone en cours. La participation « mesurée » de certaines classes m’ayant amené à chercher des solutions pour « dynamiser » les échanges en cours, et l’idée était de partir de ce qui se fait de plus en plus, et qui semble devenir une norme - l’envoi de commentaires, de questions et/ou de micro-synthèses en temps réel lors de conférences, sur les réseaux sociaux, et notamment Twitter. Partant du principe que l’absence de participation de certains élèves était liée à un problème d’oral, et en voulant transférer ces activités hors cadre scolaire, cette expérimentation visait à redonner également de la motivation aux élèves silencieux, mais néanmoins attentifs. La participation synchrone écrite et projetée au tableau apportant des possibilités supplémentaires d’expression en cours de langue, sans pour autant forcer à changer les habitudes.

La préparation de l’activité parallèle et complémentaire de participation écrite synchrone en cours de langue reste très simple et tout aussi rapide, puisqu’il suffit de créer une pièce virtuelle en ligne (« chatroom ») du type « todaysmeet.com/nomchoisi » et de le communiquer aux élèves. Le lien peut ensuite être inséré sur un espace de travail en ligne, ou simplement donné en classe aux élèves en le dictant ou en l’écrivant au tableau (ici, c’était todaysmeet.com/ts12). Pour ce qui est des modalités d’utilisation, les élèves avaient pour consigne de ne se servir de TodaysMeet que s’ils en ressentaient le besoin - le but n’étant pas de réduire la participation orale non plus …

Plusieurs participations écrites synchrones ont pu être observées lors de ces deux séances test, mais – je ne l’avais pas anticipé, les interventions ont mis un peu de temps à être sérieuses et/ou à propos, et même si les élèves ont trouvé l’expérience plutôt amusante, elle ne leur a pourtant pas semblé suffisamment intéressante pour être poursuivie.

Pour autant, il me semble que permettre aux élèves d’avoir un espace synchrone et asynchrone d’échange et de questionnement à propos du cours, en plus de ce qui se fait habituellement reste pertinent, facteur de motivation et accélérateur d’apprentissage, mais il reste d’une part à former les élèves davantage à l’interaction, et d’autre part à réduire la lourdeur de la mise en place technique des outils – et des tablettes que les élèves pourraient avoir nominativement à l’année semblerait plus pertinent – et plus pertinent encore sans doute, utiliser les smartphones des élèves (d’autant que d’ici cinq ans, la proportion d’élèves en lycée détenteur d’un smartphone avec connexion data illimitée pourrait probablement atteindre les 100%, et permettre ainsi d’envisager de nouvelles perspectives pédagogiques).

Pour ce qui est de la remédiation de cette expérimentation, il semble qu’il soit utile de faire travailler en amont la méthodologie de prise de notes critiques, les élèves n’étant pas suffisamment habitués à le faire - et rédiger un message (que ce soit une remarque, une question ou une micro-synthèse) même court, nécessite des compétences qui s’ajoutent à celles attendues en cours de langue.

Prise de notes collaborative (TS) – Todaysmeet

Toujours dans l’optique de dynamiser les échanges et les contenus, je cherchais des solutions pour personnaliser davantage mes traces écrites. Avec les classes de terminales, le contenu des cours est parfois conséquent et indispensable à la bonne réalisation de la tâche finale, et je souhaitais faire en sorte que la participation des élèves se retrouve davantage dans les traces écrites, parce que lorsque les échanges sont riches, intéressants et pertinents, mais qu’ils ne suivent pas forcément le chemin envisagé, il est parfois délicat pour les élèves – et pour le professeur, de se souvenir de ce qui a été dit avant la phase de récapitulation.

La consigne ici était de prendre des notes synthétiques de manière synchrone et collaborative au fur et à mesure du cours, en vue du travail de récapitulation synthétique visant d’une part à faire travailler la réorganisation des idées vues dans le cours, et d’autre part à permettre de contribuer en amont à la trace écrite. Mais les écueils de l’expérimentation « participation écrite synchrone » se sont retrouvés sur cette activité – et pour cause : l’activité nécessite là aussi des compétences à travailler en amont.

Écriture collaborative (1LELE) – Framapad / Google Docs

Comme j’avais aussi envie de faire avec les tablettes ce que je savais faire avec des ordinateurs en salle informatique, j’ai testé l’écriture collaborative synchrone, avec une classe de 1° littérature étrangère, et comme je souhaitais rentabiliser le peu de temps que j’avais pour expérimenter - et que j’ai eu la chance d’avoir deux groupes de 17 élèves en 1LELE, j’ai utilisé pour la même activité deux éditeurs collaboratifs en lignes (Framapad et Google Docs), un par groupe, de sorte à pouvoir comparer les avantages et les inconvénients de ces deux applications sur tablettes numériques.

L’activité intervenait en fin de séquence sur l’étude d’extraits du Meilleur Des Mondes, d’Aldous Huxley, et chaque groupe était censé faire partie d’une équipe de rédacteurs d’une maison d’édition qui a décidé de publier Le Meilleur Des Mondes dans le cadre du lancement d’une nouvelle collection. Chaque équipe devait choisir parmi quatre premières de couvertures pressenties, en rédigeant un mémo à destination du responsable éditorial en justifiant de la pertinence du choix de l’une d’entre-elles, tout en s’appuyant sur les extraits étudiés en classe. Chaque groupe d’élève (en moyenne quatre élèves) disposait donc d’une image d’illustration sur mon site pédagogique, d’un document collaboratif en ligne associé, et d’un QR code vidéoprojeté au tableau ; et en scannant ce code avec l’application QR Droid installée sur les tablettes, les élèves avaient directement accès aux documents de travail.

Pour les besoins de cette activité, la classe avait été réorganisée en îlots de quatre tables de sorte à combiner la communication verbale en présentiel et la collaboration synchrone en ligne, et les élèves avaient pour consigne de poursuivre le travail hors temps de classe en consultant les travaux des autres groupes, y compris pour modifier ce qui avait été fait (corrections, ajouts, réorganisation …), en vue d’une évaluation individuelle au cours de laquelle ils devaient présenter le mémo à l’oral, en contrastant avec l’une des quatre autres illustrations envisagées.

J’avais déjà mis en œuvre cette activité en 2011-2012, et j’avais été encouragé par la réaction des élèves et la qualité des travaux rendus. Par contre, ce travail avait été fait en salle informatique, et comme je vous le disais, la disposition des ordinateurs se prête peu à la communication orale - qui sert également la qualité des travaux de groupes (cf à ce sujet l’étude de Barile et Durso), et les retours que j’ai pu avoir des élèves abondent d’ailleurs en ce sens, puisque malgré les problèmes techniques (connexion et écriture) qui ont parfois occasionné quelques découragements, l’activité a été bien perçue et les élèves se sont bien pris au jeu de l’écriture collective argumentative à partir d’un support littéraire. Et le fait de travailler physiquement en groupe autour de tables réunies leur a paru plus motivant que de travailler en salle informatique assis les uns à côté des autres, sans pouvoir réellement communiquer à l’oral.

Exemples de travaux réalisés pendant cette activité :

Travail de recherche interactif (TLVA) – Google+

Toujours sur le travail collaboratif, j’ai également testé le travail de recherche interactif sur le réseau social Google+ avec le groupe de terminales langue vivante approfondie. J’avais déjà fait travailler les élèves sur le réseau social en salle informatique, mais là encore, je souhaitais leur proposer la même activité, mais en salle de cours habituelle grâce aux tablettes numériques.

J’avais donc précédemment créé un groupe sur Google+ au nom de la classe concernée, et pour plus de lisibilité, j’ai créé une catégorisation sous forme de forum. Les élèves avaient donc deux documents en ligne à partir desquels ils devaient répondre à 5 questions, en vue de dégager les informations pertinentes en lien avec la problématique étudiée en cours (« Are the USA still the land "flowing with milk and honey" ? And to what extent was is true for the Pilgrim Fathers ? »). Encore une fois, l’idée ici était de permettre aux élèves de combiner la présence physique et la présence en ligne, dans l’optique d’un travail plus rapide et plus pertinent - chaque élève ayant la possibilité de s’enrichir de la lecture des autres, et de compléter une compréhension lacunaire pour les plus faibles. Après avoir travaillé sur le premier degré de lecture, les élèves devaient approfondir les diverses informations pertinentes recueillies, en ajoutant des liens de pages web qu’ils commentaient ensuite.

Au final, les élèves ont trouvé l’activité pertinente et intéressante, mais les difficultés ont été trop importantes que la mise en œuvre soit suffisamment convaincante. En fait, les élèves ont eu des problèmes de compatibilité conséquents soit avec l’application Google+ soit en passant par le navigateur (quel que soit le navigateur d’ailleurs – Firefox, Chrome ou le navigateur Android par défaut), et ils ont eu d’importants dysfonctionnement avec le clavier virtuel : le temps de latence entre la frappe et l’affichage était trop long, et en plus les tablettes perdaient la connexion de manière aléatoire, et les élèves ont fini par se démotiver (ce qui n’était pas franchement le but recherché …).

La pertinence et la plus-value sont à mon avis bien réelles, mais elles sont conditionnées au bon fonctionnement technique du clavier tactile, et l’activité serait sans doute encore plus pertinente avec un clavier physique. En attendant un éventuel clavier physique, il est prévu de réessayer l’année prochaine avec la ROM d’origine Samsung en Android 4.1.2, afin de vérifier si les problèmes de compatibilités venaient de la version de l’OS, puisque (pour des raisons techniques dont on pourrait d’ailleurs débattre, les tablettes avaient été flashées sous CyanogenMod9, une version alternative du système Android en 4.0.4).

Enregistrements vidéo en extérieur (2°euro) – APN de la tablette

Après les expérimentations d’exploration de nouvelles formes de participation en classe, et après la transposition en classe d’activités que j’avais déjà mises en œuvre en salle informatique, j’ai également souhaité expérimenter l’utilisation des tablettes numériques pour ce qu’elles sont censées être avant tout - des outils nomades, et j’ai décidé de les faire sortir de la classe afin de leur redonner leur mobilité et de « dynamiser la classe », en permettant aux élèves de parler la langue de manière plus « active » en-dehors du groupe-classe.

Pour cette expérimentation, que j’ai menée avec la classe de 2nde euro, les élèves avaient eu pour consigne en amont de la séance, de rechercher des informations relatives aux conséquences du mauvais temps autour de trois axes : environnement, économie et attitudes sociales, dans l’optique de filmer un reportage journalistique. Des groupes de trois élèves avaient été constitués, et chacun d’entre eux avait eu pour tâche de travailler sur l’un de ces trois axes.

Les élèves ne savaient pas qu’ils iraient faire les films en extérieur. La météo des jours précédents n’ayant pas été très favorable, avec d’importantes précipitations régulières, il restait de toute façon la possibilité de faire les films à l’intérieur des locaux, l’espace y étant suffisamment grand pour que les enregistrements se fassent sans que les élèves gênent les cours, ni se gênent entre eux.

Pour ce qui est de l’aspect technique, tout s’est déroulé sans aucun soucis. Le code de blocage de l’application appareil-photo (qui avait été verrouillé avec AppLock) a été donné aux élèves pour l’occasion, et les fichiers des élèves ont ensuite été récupérés grâce à l’explorateur de fichier qui a été installé sur les tablettes, avec une simple clé USB.

L’investissement et la motivation des élèves ont été très convaincants, ils ont bien joué le jeu et ont été ravis de pouvoir « faire de l’anglais dehors », et ce que je vous propose, c’est de regarder un petit montage de 3’30 minutes que j’ai fait à l’occasion - à titre d’illustration.

Conclusion

À défaut de révolutionner l’enseignement des langues vivantes, on espère que les tablettes numériques contribueront si ce n’est à le dynamiser, au moins à l’améliorer. Le débat est ouvert. »

Kédem Ferré, professeur d’anglais, Lycée Aiguerande, Belleville-sur-Soane, ac-Lyon et coordonnateur local de Cyber-Langues 2013.

29 Août 2013


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