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Une nouvelle stratégie numérique pour la refondation de l’École : une pédagogie active et créative en langues vivantes

MICHEL PEREZ

mercredi 9 octobre 2013

Le contexte national : Une ambition pour la refondation de l’ÉCOLE.

Le 10 juin 2013, la stratégie « Faire entrer l’École dans l’ère du numérique » a été présentée par le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon et par la ministre déléguée, chargée des PME, de l’innovation et de l’économie numérique Fleur Pellerin.

Ce projet s’appuyait sur les acquis de la Concertation nationale pour la Refondation de l’École (été 2012) qui a livré une analyse et des propositions afin de réaliser la mutation numérique de l’éducation en France selon une « Grande ambition pour le numérique ».

Les principaux acquis de la Concertation. La révolution numérique est irréversible : elle est comparable aux révolutions de l’écriture, de l’imprimerie ou de l’électricité.

  • Le système scolaire français a un retard considérable dans ce domaine ;
  • L’École ne peut rester en retrait : le numérique est omniprésent dans la vie quotidienne, ce qui provoque une fracture entre l’École et la Société et une aggravation de la fracture sociale ;
  • Facteur de différenciation pédagogique et d’autonomie de l’élève, le numérique doit être intégré à la vie scolaire et à tous les actes d’enseignement et d’apprentissage ;
  • La production de ressources pédagogiques éditoriales ou collaboratives doit être organisée et encouragée ;
  • Les développements des usages du numérique dans les classes doivent être coordonnés afin d’éviter des inégalités territoriales,
  • Les modalités de collaboration entre les collectivités territoriales et l’Etat doivent être inscrites dans la Loi d’Orientation ;
  • L’éducation à l’information et aux médias est une priorité dans tous les enseignements.

2013 : Une nouvelle stratégie numérique

La Loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République du 8 juillet 2013 définit les orientations destinées à faire entrer durablement l’École dans l’ère du numérique : l’ensemble de ces évolutions affectera fortement le métier d’enseignant et les conditions d’enseignement en créant un environnement numérique beaucoup favorable.

Le Service public du numérique Éducatif et de l’enseignement à distance  est créé par l’article 17 : sa création vise à mettre en cohérence les moyens propres à développer les usages. Les objectifs de ce service public mettent en action quatre leviers principaux.

1. Une offre de services pour prolonger l’offre des enseignements dispensés, enrichir les modalités d’enseignement et apport d’une aide personnalisée à tous les élèves ;

2. La prise en compte des besoins spécifiques de certains élèves avec des supports numériques appropriés ;

3. La mise à disposition de ressources pédagogiques diversifiées, de contenus et de services , d’outils de suivi des élèves et de communication avec les familles. La nature de cette ressource fait une large place aux logiciels libres

Par ailleurs, la loi élargit le domaine de l’exception pédagogique : elle supprime les différences de traitement entre les supports papier et numérique pour les œuvres de l’écrit. Elle ouvre des possibilités de diffusion via les environnements numériques de travail

4. Le soutien de l’innovation pédagogique pour contribuer au développement de projets innovants et à des expérimentations pédagogiques favorisant les usages du numérique à l’École et la coopération.

Une nouvelle impulsion à partir de 2013

L’article 18 de la Loi et les suivants instaurent une gouvernance fondée sur de nouvelles relations entre l’État et les collectivités territoriales pour une gestion équilibrée et partagée des responsabilités, notamment pour ce qui concerne l’équipement, la maintenance et les ressources numériques. Une politique contractuelle fondée sur la passation de nouvelles conventions de partenariat entre l’État et les collectivités au niveau des académies.

L’article 68 en créant les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation vise à mettre en cohérence la formation initiale et continue des enseignants avec les nouvelles pratiques didactiques et pédagogiques induites par le numérique. Une formation au numérique et par le numérique sera assurée, notamment grâce aux plateformes M@gistère (Professeurs des écoles avec notamment « English for Schools Teachers » pour l’enseignement de l’anglais) et P@irformance.

La création d’un «  Réseau social professionnel  » (RPE) offrira aux enseignants une plate-forme d’échange et de mutualisation » indispensable pour la mise à jour et le partage permanent de l’information et de la formation entre pairs, mutualisation et partage étant inhérents à la culture numérique.

Une «  Direction du numérique éducatif » est créée (annonce du ministre V. Peillon le 10 juin 2013) au sein du ministère de l’E.N afin de piloter l’ensemble de la stratégie numérique en coordonnant, au travers du réseau des Délégués Académiques du Numérique, l’action décentralisée en académies au contact des collectivités.

La mise à disposition de ressources nouvelles sur Éduthèque (portail d’accès gratuit à des ressources scientifiques et culturelles publiques pour enseigner) qui offre un bouquet de ressources libres de droit des grands établissements publics culturels et scientifiques.

La relance de l’éducation aux médias et à l’information repose sur une pratique citoyenne des médias pour l’apprentissage d’une lecture critique et distanciée, pour s’informer (développer des compétences de recherche, de sélection et d’interprétation de l’information), s’exprimer librement et produire de l’information dans un usage responsable d’Internet et des réseaux sociaux. L’intégration de cet enseignement doit être fait de manière transversale dans les disciplines : les langues vivantes sont l’une des disciplines clés pour ces apprentissages.

Soutien à la structuration de la filière du numérique éducatif. Un appel à projets de 10 millions d’euros du Commissariat général à l’investissement (CGI) destiné à développer la recherche et l’innovation pour mettre le numérique au service de l’acquisition des fondamentaux à l’École (une quinzaine de projets) : création de contenus numériques et d’e-services pédagogiques français de haute qualité technologique.

Une « Mission sur la structuration de la filière numérique éducative » a été confiée aux inspections générales du ministère des finances, du ministère de l’éducation nationale et du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, et au Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies. Le rapport remis le 28 juillet 2013 formule 10 préconisations et 27 propositions pour développer les usages et développer l’industrie du numérique éducatif en France.

Il est à noter également que selon l’article 39, un enseignement de langue vivante
sera proposé dès le début de la scolarité obligatoire (Cycle 2 : cours préparatoire) dans le cadre de la réorganisation de la scolarité en 4 cycles (JO n° 0174 du 28/07/2013).

Deux expérimentations seront menées par la DEPP en lien avec l’IGEN et la DGESCO à la rentrée 2013.

Les objectifs sont d’étudier les effets du numérique sur les pratiques pédagogiques et de définir des stratégies efficaces pour les usages pédagogiques, des outils et des ressources numériques.

1. Aide personnalisée aux élèves de 6e scolarisés dans établissements du réseau ECLAIR et RRS : 30 000 élèves connectés au dispositif D’Col selon un accompagnement hybride s’appuyant sur des ressources numériques et des services du CNED.

2. Collèges connectés pilotes : ce sont 20 collèges de 19 académies et possédant : une connexion en très haut débit, des usages existants du numérique et une équipe pérenne. L’objectif est d’étudier l’impact du numérique sur tous les usages pédagogiques développés et de définir une stratégie de déploiement du dispositif.

Ces modalités créent un contexte très favorable pour l’entrée de l’éducation dans l’ère du numérique et concrétisent les évolutions de la société.

Les français disent "OUI" à l’éducation numérique

Selon le baromètre mensuel de Syntec numérique et BVA (juillet 2013) :

  • 91% des personnes interrogées pensent qu’il est nécessaire de mettre en place des cours sur les outils du numériques et leurs usages.
  • 6 français sur 10 souhaitent d’ailleurs que des cours soient mis en place dès l’école primaire, voire la maternelle. Car les outils et les usages numériques pénètrent la vie quotidienne de tous, y compris des plus jeunes, aussi appelés « digital natives ». Qui de fait n’ont pas toujours conscience des enjeux et des dangers de l’Internet.
  • Les personnes interrogées parlent de l’apprentissage des logiciels de bureautique (77%), mais aussi d’une éducation civique du numérique, sur la protection de la vie privée notamment (74%). Et pour y parvenir il est nécessaire de faire évoluer la formation des enseignants.
  • 55% des professionnels éditeurs de logiciels se disent confiants pour l’avenir de leur entreprise ou de leur secteur, avec des investissements sur de nouveaux projets pour 67% d’entre eux.

Une forte évolution des attitudes

En 2002, une majorité d’enseignants doutaient de l’efficacité pédagogique des TICE. En 2012, ils ne sont plus que 7% dans ce cas.

Le développement du numérique à l’école est plébiscité par les élèves (98%), par les enseignants et par les parents (92%).

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Il existe cependant un fort décalage entre la place du numérique dans la vie des jeunes et dans l’Éducation.

Selon une enquête menée dans six lycées professionnels de l’Académie de Toulouse en 2010

  • 91 % des élèves interrogés ont leur propre réseau social et bien souvent plusieurs.
  • Près des deux tiers (65 %) se connectent tous les jours, dont 47 % moins de 1 heure et 28,5 % de 1 à 2 heures.
  • Ils sont 87 % à dire savoir protéger l’accès à leurs publications personnelles,
  • 89 % expriment leur conscience du danger que présentent les réseaux sociaux,
  • seulement 12 % rendent publiques leurs données.
  • Facebook est le réseau social le plus utilisé par 83 % des lycéens interrogés, d’abord pour communiquer avec des amis (ils ont en moyenne 173), mais aussi pour créer des albums de photos et vidéos et utiliser la messagerie.


Une nouvelle humanité est incarnée par la « Petite Poucette » de Michel Serres

« Cette enfant moderne au pouce follement habile, grâce à son ordinateur « a une mémoire plus puissante que la nôtre, une imagination garnie d’icônes par millions, une raison aussi, puisque autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n’eussions pas résolus seuls… Aujourd’hui, on n’a pas le cerveau vide, on a le cerveau libre. Nous pouvons nous concentrer sur l’intelligence inventive ». (Ed. Le Pommier)

Le contexte européen

D’après le rapport de la Commission Européenne The future of learning, preparing for change (2011 - Institute For Prospective Technological Studies)

Les TICE vont changer radicalement la donne de la formation dans 4 composantes :

  • Ce que l’on apprend : les contenus des apprentissages, les connaissances et les compétences ;
  • Comment on apprend : par quelles méthodes, comment on apprend ;
  • Où on apprend : les lieux où l’on apprend, en présence, à distance, en mobilité ;
  • Quand on apprend : les temps des apprentissages s’étendent désormais bien au-delà du temps de la présence sur le lieu de formation.

De nouvelles pratiques pédagogiques sont nécessaires

Elles sont fondées sur l’activité de l’élève, la mobilité, l’interactivité, le travail en équipe, le partage, la créativité, l’acquisition de compétences par le « faire », des modes d’apprentissage pragmatiques (« active ways of learning »).

L’activité de l’élève est au cœur de l’enseignement des langues vivantes dans toutes ses composantes :

  • Ecouter, lire, parler, écrire, échanger, pour communiquer et créer, en tous temps et en tous lieux grâce aux tablettes numériques, aux baladeurs, aux iBooks (en lecture et en écriture) …
  • S’informer, se documenter par l’accès direct aux documents (réseau pédagogique ou Espaces Numériques de Travail, tableaux numériques ou vidéo-projeteurs interactifs) ;
  • Échanger à distance via les Blogs, le clavardage, la correspondance audio-vidéo, le travail collaboratif ; grâce aux webcams, à la vidéo conférence, au programme eTwinning ;
  • Avec un nouveau portail national d’accès aux ressources pour les langues vivantes qui sera prochainement ouvert sur le site du ministère de l’éducation nationale.

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JPEG - 5.8 ko eTwinning est un programme européen qui propose des lieux et des outils pour réaliser des projets communs par les échanges internationaux. Twin Space met à disposition des tutoriels et outils numériques pour faciliter le travail des enseignants pour :

  • travailler avec leurs élèves la communication orale, synchrone ou asynchrone
  • des activités communicatives écrites, orales et audio visuelles créatives avec Glogster, VoiceThread ou Blackboard Collaborate…

L’évolution de l’enseignement des langues vivantes est accompagnée par de nouvelles modalités d’évaluation au baccalauréat 2013

Les élèves des séries ES, S, STMG, STD2A, STI2D, STL, ST2S sont évalués en activité à deux reprises :

  • À l’oral en classe terminale pendant le cours de l’année en compréhension de l’oral au second trimestre
  • En expression orale au troisième trimestre Une épreuve finale écrite de langue vivante
  • Les élèves de la série L sont évalués à l’oral et à l’écrit dans le cadre d’une épreuve finale.
  • L’épreuve de Littérature étrangère en langue étrangère est devenue obligatoire.

Les langues vivantes sont à l’avant-garde de la pédagogie numérique

Les usages du numérique ont déjà eu un fort impact sur le métier de professeur de langue vivante, sur les pratiques pédagogiques et sur l’évaluation.

Le métier d’enseignant de langues vivantes est affecté par le numérique qui implique de nouvelles modalités d’action pour le professeur et de nouvelles pratiques pédagogiques :

  • Recherche de ressources, préparation de cours, enseignement, aide, conseil, évaluation, production, échange, communication à distance ;
  • Un rôle nouveau de médiateur dans l’accès à la connaissance ; Nouvelles modalités de coopération ;
  • Des équipements à gérer, à optimiser mais aussi à repenser. Une nouvelle organisation de l’espace et du temps scolaires.

Ce qui entraîne donc de nouveaux besoins de formation et d’information.

Numérique et évaluation

Le numérique fait évoluer les pratiques d’évaluation individuelle et collective.

  • L’évaluation de l’ORAL en compréhension et en expression individualisée est rendue possible par les nouveaux outils tels que les grilles de compétences adossées au CECRL qui rendent possible une évaluation critériée.
  • Les méthodes d’évaluation permettent de prendre en compte les acquis et les besoins individuels des élèves.

Les langues vivantes ont un rôle éminent à jouer au cœur de la nouvelle stratégie numérique

En effet, les apprentissages sont d’ores et déjà orientés selon une didactique fondée sur une construction des apprentissages définie par l’acquisition de compétences langagières adossées au Cadre Européen Commun de Référence qui fonde le référentiel intégré au Socle commun de compétences et de connaissances. Par ailleurs les notions culturelles des programmes sont acquises en situation active par la recherche et la fréquentation de documents authentiques.

L’enseignement des langues vivantes repose sur une pédagogie proposant de nouvelles modalités de travail pour les élèves fondées sur l’activité, la créativité, la mobilité…

De même, en mettant les élèves directement en contact avec des documents authentiques, les langues vivantes permettent à ceux-ci d’approfondir leur éducation à l’information et aux médias.

En proposant ce contact direct qui est souvent approfondi par des échanges et des productions communes avec des élèves étrangers, les langues vivantes concourent à la formation du citoyen numérique et l’acquisition par les élèves d’un ensemble de compétences numériques transversales.

Michel PÉREZ, Inspecteur général de langues vivantes.
27 août 2013


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